L'Art de la Régénération - Séjour Régénération - Du 9 au 11 janvier 2026

Yabiladi — Diaspo #51: Asma Niang, la judokate qui n’aimait pas le judo

Asma Niang, médaille de bronze au Grand Prix de Zagreb — Yabiladi

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La judoka qui n’aimait pas le judo

Le titre de Yabiladi dit tout : « La judokate qui n’aimait pas le judo. » Et c’est vrai. Il fut un temps où le judo n’était pas ma passion — c’était juste un sport dans lequel j’étais tombée presque par accident. Ce que personne ne m’avait dit, c’est que les choses qui nous résistent le plus sont parfois celles qui finissent par nous définir.

Un amour qui ne s’est pas imposé

Je n’ai pas eu le coup de foudre avec le judo. Pas de révélation enfantine sur un tatami, pas de vocation précoce, pas de certitude lumineuse. Mon entrée dans ce sport a été tardive, hésitante, presque accidentelle. Le judo était là, et moi aussi — mais nous ne nous étions pas encore choisis.

Les premières années ont été un apprentissage brut. La dureté des chutes, la hiérarchie impitoyable des grades, le regard des autres sur cette femme qui commençait trop tard. J’aurais pu partir cent fois. Quelque chose m’a retenue — pas l’amour du judo, mais une intuition sourde que ce chemin me mènerait quelque part que je ne pouvais pas encore voir.

Quand la résistance devient révélation

C’est le paradoxe que la vie m’a enseigné : ce qui nous résiste nous façonne. Le judo m’a résisté — et dans cette résistance, il m’a forgée. Chaque défaite ravalée, chaque entraînement où je voulais tout arrêter, chaque compétition où mon corps disait non et mon esprit disait encore — tout cela construisait, lentement, un lien que le coup de foudre n’aurait jamais pu créer.

Parce que l’amour qui naît de la résistance est plus profond que celui qui naît de l’évidence. Il est choisi, chaque jour, en connaissance de cause. Il connaît la douleur et reste quand même.

Les plus belles histoires d’amour ne commencent pas par « je t’ai toujours aimé ». Elles commencent par « j’ai failli partir — et je suis restée. »

Ce que le judo m’a appris malgré moi

Quand je regarde en arrière, le judo m’a tout donné. La discipline, la connaissance de mon corps, la capacité à tomber et à me relever — littéralement et métaphoriquement. Il m’a donné des Jeux Olympiques, six titres africains, des voyages à travers le monde, et surtout une philosophie de vie que je transmets aujourd’hui à travers Kintsugi People.

Mais rien de tout cela ne serait arrivé si j’avais exigé de l’aimer dès le premier jour. La patience de laisser le lien se construire — de rester dans l’inconfort assez longtemps pour que l’inconfort devienne familier, puis nécessaire, puis sacré — c’est peut-être la leçon la plus précieuse de ma vie.

À ceux qui cherchent leur voie et qui ne ressentent pas encore la passion : restez. Parfois, la chose que vous résistez le plus est celle qui vous attend depuis toujours. Il suffit de lui laisser le temps de vous trouver.

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