Du tatami à la tribune internationale
28 novembre 2024. Un écran, une connexion, et soudain — le monde entier dans la pièce. Je prends la parole devant les Nations Unies, dans le cadre de la Convention de lutte contre la désertification, pour présenter Sport4Land : United for the Land — Sports as a Catalyst for Combating Desertification.
Il y a quelques années, mon monde tenait dans un carré de tatami de huit mètres sur huit. Aujourd’hui, il s’étend aux sols arides de trois continents. Et pourtant, c’est le même combat : tenir debout sur une terre qui se dérobe.
Porter la voix du sport à l’ONU
Quand on m’a invitée à présenter à l’UN-DCC, j’ai d’abord ressenti ce vertige que connaissent bien les athlètes avant un grand combat. Ce mélange de gravité et de responsabilité. Parce que ce n’est plus seulement mon histoire que je porte — c’est un message collectif, une conviction partagée avec tout le mouvement Sport4Land.
Le message était simple dans sa formulation, radical dans ses implications : le sport n’est pas un divertissement — c’est un outil de transformation sociale et environnementale. Les athlètes, par leur discipline, leur résilience, leur capacité à fédérer, sont des vecteurs naturels de changement. Et la lutte contre la désertification a besoin de cette énergie.
J’ai parlé de ma trajectoire — du Maroc au Japon, des tatamis olympiques aux terres arides. J’ai parlé de ce lien viscéral entre le corps et le sol. De comment, en tant que judoka, j’ai toujours été en relation avec la terre — celle sur laquelle on tombe, celle sur laquelle on se relève, celle qui nous porte.
Ce que le sport peut offrir à la terre
La présentation portait sur des actions concrètes. Comment mobiliser les communautés sportives autour de la restauration des terres. Comment utiliser les événements sportifs comme plateformes de sensibilisation. Comment former des athlètes ambassadeurs capables de porter ces enjeux dans leurs réseaux, leurs pays, leurs fédérations.
Mais au-delà des mécanismes, il y avait une dimension presque philosophique. Le sport enseigne que la défaite n’est pas la fin — c’est une information. La terre désertifiée n’est pas morte — elle attend qu’on lui rende ce qu’on lui a pris. Dans les deux cas, la régénération est possible. Elle demande du temps, de l’attention, et une volonté de ne pas abandonner.
La terre et l’athlète partagent la même sagesse : la chute contient déjà le germe du relèvement. Il suffit de savoir où regarder.
Ce que je retiens de cette prise de parole
Intervenir devant les instances des Nations Unies m’a fait mesurer le chemin parcouru — non pas comme un motif de fierté personnelle, mais comme la preuve que les parcours atypiques ont leur place partout. Même dans les salles les plus institutionnelles du monde.
Cette présentation a renforcé ma conviction : chaque expérience de vie, même les plus inattendues, peut devenir un levier pour le collectif. Le judo m’a donné la discipline. Le désert m’a donné la perspective. Et la tribune internationale m’a donné la responsabilité de ne jamais dissocier les deux.
Le combat continue — il a juste changé de terrain.

