Combattre pour quelque chose de plus grand
On m’a souvent appelée « combattante ». Le mot est juste — mais pas pour les raisons qu’on croit. Sur le tatami, oui, j’ai combattu. Des centaines de fois. Contre des adversaires plus grandes, plus lourdes, plus expérimentées. Mais le combat qui m’a le plus construite n’a jamais été contre quelqu’un. Il a toujours été pour quelque chose.
Quand Les Combattantes m’ont contactée pour rejoindre leur plateforme dédiée aux femmes dans les sports de combat, j’ai ressenti une émotion particulière. Celle d’être nommée pour ce que je suis vraiment.
Le féminin dans le combat
Être une femme dans le judo, c’est naviguer un paradoxe permanent. On vous demande d’être puissante sur le tatami et discrète en dehors. D’avoir un corps d’athlète mais de rester « féminine » selon des critères qui n’ont rien à voir avec la force réelle. De performer au plus haut niveau mondial tout en justifiant votre place à chaque étape.
Ce que j’ai appris, c’est que le combat le plus important n’est pas celui qu’on mène contre ces injonctions. C’est celui qu’on mène pour définir ses propres termes. Être combattante, pour moi, c’est refuser de choisir entre la guerrière et la poète. C’est habiter les deux.
Une combattante ne se définit pas par ce qu’elle détruit, mais par ce qu’elle protège.
Le kintsugi de la combattante
Chaque femme qui entre dans un sport de combat porte en elle une forme de courage que la société ne mesure pas toujours. Le courage de prendre des coups — littéralement. Le courage de se relever. Le courage de montrer sa puissance dans un monde qui préférerait qu’elle reste petite.
Et puis il y a les blessures. Pas seulement physiques. Les doutes. Les moments où l’on se demande si cela en vaut la peine. Les défaites qui touchent bien plus que le corps. C’est là que la philosophie du kintsugi prend tout son sens : ces fractures, quand on accepte de les réparer avec soin et avec or, deviennent nos lignes de force.
J’ai porté le judogi de la France et du Maroc. J’ai représenté deux nations aux Jeux Olympiques. Mais ce dont je suis le plus fière, c’est d’avoir traversé tout cela sans perdre ma tendresse. Sans laisser le combat durcir ce qui, en moi, avait besoin de rester doux.
Pour toutes les combattantes
Les Combattantes, en tant que plateforme, font un travail essentiel : rendre visibles celles que le sport mainstream oublie trop souvent. Les judokas, les boxeuses, les lutteuses, les karatékas — toutes ces femmes qui montent sur le tatami ou le ring et qui, par ce seul geste, élargissent le champ des possibles pour celles qui viendront après.
À chacune d’entre elles, je veux dire : votre combat a un sens bien au-delà de la compétition. Vous n’êtes pas seulement en train de gagner des matchs. Vous êtes en train de construire un monde où la puissance féminine n’a plus besoin de permission.
Et cela, c’est le plus beau des combats.

