Le vide après la flamme
France. 6 août 2024. Deux jours après la cérémonie de clôture des JO de Paris, je suis dans une salle, face à un public qui ne comprend pas encore de quoi je vais parler. Le sujet : le syndrome post Jeux Olympiques. Ce gouffre invisible qui avale les athlètes une fois les projecteurs éteints.
J’en parle parce que je l’ai vécu. Deux fois. Et parce que le silence autour de ce sujet est aussi dangereux que le syndrome lui-même.
Ce dont personne ne parle
Pendant des années, ta vie entière converge vers un seul point : les Jeux. Chaque réveil à cinq heures, chaque séance de musculation, chaque gramme de nourriture pesé, chaque sacrifice social — tout pointe vers cette date. Ton identité se fond dans celle de l’athlète. Tu n’es plus une personne — tu es un projet olympique.
Et puis les Jeux se terminent. En quelques heures, le monde passe à autre chose. Les caméras se tournent vers d’autres histoires. Les messages s’espacent. Et toi, tu restes là. Avec un corps surentraîné qui ne sait plus quoi faire, et un esprit qui cherche désespérément un sens à des journées soudain vides.
Le syndrome post-olympique, c’est une crise d’identité déguisée en fatigue. C’est se réveiller un matin et ne plus savoir qui tu es sans le tatami. C’est regarder ton judogi accroché dans le placard et sentir un deuil que personne autour de toi ne comprend — parce que de l’extérieur, tu as « réussi ».
Ce que j’ai traversé
Après Rio, le vide m’a prise par surprise. Je ne m’y attendais pas. J’étais tellement focalisée sur le chemin vers les Jeux que je n’avais jamais imaginé l’après. Les semaines qui ont suivi ont été parmi les plus sombres de ma vie — non pas à cause d’un échec, mais à cause d’une absence. L’absence de but.
Après Tokyo, j’étais mieux armée. Je savais que le vide viendrait. Je l’ai accueilli différemment — non pas comme un ennemi, mais comme un passage nécessaire. Une mue. Le serpent qui perd sa peau n’est pas malade — il grandit.
C’est cette expérience intime que j’ai partagée ce jour-là. Pas de théorie. Pas de recettes miracles. Juste la vérité brute de ce que ça fait de perdre son identité d’athlète — et de découvrir, dans les décombres, quelqu’un de plus vaste.
La médaille la plus difficile à gagner n’est pas celle qu’on porte autour du cou. C’est celle qu’on se donne le jour où l’on accepte d’exister sans elle.
Reconstruire — autrement
Ce que je transmets aujourd’hui dans mon travail de psychopraticienne et de coach, c’est directement né de ce syndrome. La régulation du système nerveux, la respiration, le travail somatique — tout cela, je l’ai d’abord pratiqué sur moi, dans ces mois de reconstruction post-olympique.
Le syndrome post-Jeux est un tabou dans le monde sportif. On forme des athlètes à performer, mais pas à atterrir. On les prépare au combat, mais pas à la paix. Mon engagement est de changer cela — en parlant, en accompagnant, en montrant que la fissure post-olympique peut devenir, elle aussi, un filon d’or.
À tous les athlètes qui traversent ce vide : vous n’êtes pas brisés. Vous êtes en train de vous transformer.

