Le livre comme acte de réparation
France. 8 février 2026. Les chaises sont disposées en arc de cercle. Sur la table devant moi, un exemplaire de L’art de la régénération — mon deuxième livre, celui qui m’a coûté le plus à écrire, et peut-être celui qui me ressemble le plus. Les premières personnes s’installent. Je respire. Présenter un livre, c’est s’exposer d’une manière que même le tatami olympique ne demande pas.
Pourquoi ce livre, pourquoi maintenant
L’art de la régénération est né d’une conviction forgée dans l’épreuve : nous ne sommes pas faits pour rester cassés. Nous sommes faits pour nous reconstruire — et cette reconstruction, loin d’être un retour à l’état initial, est une élévation. C’est le principe même du kintsugi : réparer les fissures avec de l’or, non pour les masquer, mais pour les honorer.
Ce livre rassemble tout ce que j’ai appris en vingt ans de judo, cinq ans de pratique psychocorporelle, et une vie entière à tomber et à me relever. Il parle de respiration, de régulation nerveuse, de trauma, de résilience — mais pas de la résilience qu’on vend sur Instagram. De la vraie. Celle qui passe par le corps, par le souffle, par le deuil nécessaire de ce qu’on était avant.
Il contient aussi des outils pratiques. Parce que la philosophie sans la pratique, c’est de la décoration. Et que les gens qui viennent me voir — athlètes, entrepreneurs, mères épuisées, jeunes en reconstruction — ont besoin de gestes concrets pour traverser leurs tempêtes.
Ce qui s’est passé dans cette salle
La présentation a été un moment de vérité. J’ai lu des passages du livre à voix haute, et dans les silences entre les mots, je sentais que quelque chose circulait. Cette chose impossible à nommer qui se produit quand une histoire personnelle entre en résonance avec les histoires de ceux qui écoutent.
Une femme m’a dit qu’en lisant le chapitre sur le syndrome post-olympique, elle avait enfin compris ce qu’elle traversait depuis son divorce. Un homme m’a confié que les exercices de respiration l’avaient aidé à gérer ses crises d’angoisse. Une étudiante m’a demandé si on pouvait vraiment « apprendre » la régénération — et j’ai répondu oui, mais pas comme on apprend une leçon. Comme on apprend à marcher : en tombant, en se relevant, en tombant encore.
Écrire un livre sur la régénération, c’est accepter de montrer ses cicatrices. Non pas pour susciter la compassion — mais pour prouver que l’or existe, là où l’on croit qu’il n’y a que des débris.
Ce que cette présentation m’a appris
Publier un livre, c’est lâcher prise. Les mots ne t’appartiennent plus — ils appartiennent à ceux qui les lisent. Et chaque lecteur y trouve quelque chose de différent, quelque chose que tu n’avais pas prévu d’y mettre mais qui y était quand même, entre les lignes.
L’art de la régénération n’est pas un livre de développement personnel au sens classique. C’est un compagnon de route pour ceux qui traversent des zones sismiques — et qui cherchent non pas à éviter les secousses, mais à apprendre à danser avec elles.
Ce soir-là, en rangeant les chaises, j’ai senti que le livre avait trouvé sa place. Pas sur une étagère — mais dans les corps et les souffles de ceux qui en avaient besoin.

