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Presentation — Lyon, Hors Sentier Battu

Asma Niang — Présentation Lyon, Hors Sentier Battu

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Les chemins qui n’existent pas encore

Lyon. 30 novembre 2023. Une salle chaleureuse, des visages attentifs, et cette question qui flotte dans l’air avant même que je ne prenne la parole : comment fait-on quand on ne rentre dans aucune case ?

J’étais invitée à parler de parcours atypiques — ces trajectoires hors sentier battu qui ne figurent dans aucun guide d’orientation. La cuisine, le dojo, la caserne. Trois lieux que rien ne relie en apparence, et qui pourtant dessinent une même cartographie : celle de ceux qui avancent sans carte.

Hors sentier battu — ce que ça veut vraiment dire

On romantise beaucoup les parcours non linéaires. On en fait des histoires inspirantes, des posts LinkedIn bien ficelés. Mais la réalité du hors-piste, c’est d’abord de la solitude. C’est ce moment où tout le monde autour de toi semble savoir où il va — et où toi, tu avances à tâtons dans un brouillard que personne d’autre ne voit.

J’ai connu ça. Commencer le judo à vingt ans quand les autres s’entraînaient depuis l’enfance. Changer de pays, de langue, de repères. Passer d’un tatami olympique à une salle de consultation. Chaque transition ressemblait à une rupture — et chaque rupture, avec le recul, était une fondation.

Ce soir-là à Lyon, j’ai partagé cette conviction : les détours ne sont pas des pertes de temps. Ce sont les racines souterraines qui rendent l’arbre plus solide.

Trois lieux, une même quête

La cuisine, le dojo, la caserne. Ces trois espaces que j’ai évoqués dans ma présentation ont un point commun que peu de gens perçoivent au premier regard : ce sont des lieux de transformation par le corps. On y apprend la discipline non pas par la théorie, mais par la répétition, la sueur, le geste. On y forge quelque chose qui résiste — une forme de savoir incarné.

Le public de ce soir-là était composé de personnes qui, elles aussi, avaient bifurqué. Des reconvertis, des multipotentiels, des gens qui portaient en eux plusieurs vies et qui cherchaient non pas une réponse, mais une permission. La permission de ne pas choisir un seul chemin.

La ligne droite est une invention humaine. Dans la nature, rien ne pousse droit. Tout cherche la lumière — et la lumière n’est jamais au même endroit.

Ce que je retiens de cette soirée

Il y a eu un moment, pendant les échanges, où une femme dans la salle m’a dit : « Vous me donnez la permission d’être en chantier. » Cette phrase m’a traversée. Parce que c’est exactement ça, le kintsugi appliqué à la vie : accepter d’être en réparation et trouver la beauté dans le processus.

Lyon m’a rappelé pourquoi je fais ce travail. Pas pour donner des recettes. Pas pour tracer des itinéraires. Mais pour dire, encore et encore, que les chemins qui n’existent pas encore sont peut-être les plus beaux — parce qu’ils attendent justement quelqu’un d’assez courageux pour les inventer.

Et si votre parcours ressemble à un labyrinthe plutôt qu’à une autoroute — c’est peut-être le signe que vous êtes en train de créer quelque chose que personne n’a encore vu.