Transmettre à ceux qui commencent
France. 15 mars 2025. Un amphithéâtre de BTS. Des visages de vingt ans, des capuches relevées, des regards entre curiosité et scepticisme. Certains pianotent sur leur téléphone. D’autres croisent les bras. Et moi, devant eux, avec cette question silencieuse qui flotte : qu’est-ce qu’une ancienne judoka peut bien avoir à nous dire ?
Tout. J’ai tout à leur dire. Parce que j’avais leur âge quand ma vie a basculé pour la première fois.
Parler aux étudiants — un exercice de vérité
J’interviens régulièrement dans des programmes BTS — COM INIT, COM ALT, MCO ALT. Des filières professionnalisantes, des étudiants qui jonglent entre cours et alternance, entre ambition et incertitude. Ils ne sont pas venus pour être inspirés — ils sont venus parce que c’est au programme. Et c’est précisément pour cette raison que l’exercice est exigeant.
Un public captif est le public le plus honnête qui soit. Impossible de tricher avec des phrases creuses ou des anecdotes polies. Si tu ne les touches pas dans les trois premières minutes, tu les perds. Alors je ne commence jamais par mon palmarès. Je commence par mes échecs. Par les moments où j’ai voulu tout arrêter. Par les doutes qui me réveillaient la nuit à leur âge.
La vulnérabilité, face à un public de vingt ans, est la seule monnaie qui a de la valeur.
Ce que je leur raconte
Je leur parle de parcours non linéaires. Du fait que commencer tard ne signifie pas arriver en retard. De la puissance de la persistance — pas la persistance aveugle, mais celle qui s’adapte, qui apprend de chaque chute, qui trouve de nouveaux chemins quand l’ancien est bloqué.
Je leur parle de résilience — le mot qu’ils entendent partout et qui ne veut rien dire tant qu’on ne l’a pas vécu dans sa chair. Je leur raconte ce que c’est que de se relever d’une défaite olympique. De reconstruire une identité après le sport. De choisir, à quarante ans, de tout recommencer dans un nouveau métier.
Et je leur parle du corps. De la respiration. De ces outils simples qu’ils peuvent utiliser dès maintenant — avant un oral, pendant une crise de stress, face à un patron difficile. Des outils qui ne coûtent rien et qui changent tout.
À vingt ans, on croit que le plus important c’est de savoir où l’on va. En réalité, le plus important c’est d’avoir le courage de partir — même sans carte.
Ce que les étudiants m’apprennent
Chaque intervention me transforme autant que je transforme ceux qui m’écoutent. Les questions qu’ils posent sont d’une franchise désarmante. « Vous avez déjà eu peur de ne pas y arriver ? » Oui. Tous les jours. « Comment on sait qu’on est sur le bon chemin ? » On ne sait pas. On avance quand même.
Les témoignages que je récolte après ces interventions sont parmi les plus beaux que je reçois. Des messages d’étudiants qui me disent qu’ils ont compris quelque chose ce jour-là. Pas sur le judo, pas sur les JO — sur eux-mêmes. Sur leur droit d’être en construction. Sur le fait que ne pas encore savoir qui l’on est, c’est peut-être la plus belle des libertés.
La transmission, pour moi, c’est ça. Ce n’est pas donner des réponses. C’est allumer une question — et faire confiance à ceux qui la portent pour trouver leur propre chemin.

