Championne au-delà du tatami
Il y a le judo. Et il y a tout ce que le judo m’a permis de devenir. Quand la CNULCD — la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification — a publié mon profil officiel en tant que Sport4Land Champion, j’ai lu les mots et j’ai pensé : c’est donc ça, le chemin. Pas une ligne droite vers la victoire, mais un réseau de racines qui s’étend sous la surface, là où personne ne regarde.
Ce que le profil raconte — et ce qu’il ne dit pas
Le profil mentionne mes six titres de championne d’Afrique. Il mentionne Rio et Tokyo. Il mentionne mon travail avec la Fondation Yzza Slaoui pour l’autonomisation des filles rurales au Maroc. Ce sont des faits. Mais derrière chaque fait, il y a un visage.
Il y a cette adolescente dans le Haut Atlas qui n’a jamais mis les pieds sur un tatami mais dont les yeux brillent quand on lui dit que le sport peut changer sa vie. Il y a cette mère dans le Souss qui voit sa fille partir à l’école le matin et qui prie pour que le chemin ne soit pas trop poussiéreux. Il y a ces terres qui craquent sous le soleil pendant que nous, dans nos villes, parlons de développement durable derrière des écrans.
Le désert comme terrain commun
Le désert est mon fil rouge. Il relie tout. Mon identité franco-marocaine. Mon sport — le judo, né au Japon mais enraciné dans chaque pays qui le pratique. Mon engagement pour la terre. Et mon travail auprès des jeunes filles rurales.
Quand je travaille avec la Fondation Yzza Slaoui, je ne fais pas de la charité. Je fais du kintsugi à grande échelle. Ces filles ne sont pas brisées — elles sont privées d’accès. Privées de routes, d’écoles proches, de modèles visibles. Mon rôle, c’est d’être ce modèle. De montrer qu’une fille du Maroc peut se tenir sur un tatami olympique, puis à la tribune des Nations Unies, puis dans un village pour dire : toi aussi, tu peux.
L’autonomisation, ce n’est pas donner du pouvoir à quelqu’un. C’est lui montrer qu’il l’a déjà — enfoui, comme de l’or dans une fissure, en attente d’être révélé.
Une identité en expansion
Pendant longtemps, j’ai été « la judoka ». Puis « l’olympienne ». Puis « la conférencière ». Aujourd’hui, avec ce titre de Sport4Land Champion, je suis quelque chose de plus vaste et de plus humble à la fois : une femme qui utilise tout ce qu’elle a traversé pour protéger ce qui nous porte tous — la terre sous nos pieds.
Je ne sais pas où ce chemin mène exactement. Mais je sais qu’il passe par le désert, par les tatamis, par les salles de classe poussiéreuses du monde rural, et par chaque fissure que nous aurons le courage de réparer ensemble.

