L'Art de la Régénération - Séjour Régénération - Du 9 au 11 janvier 2026

ABLOCK! — Le sport m’a enveloppee, comme si grace a lui ma vraie vie commencait

Asmaa Niang — ÀBLOCK! — Photo Charlotte Steppé

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Le sport comme cocon

Il y a des rencontres qui ne se font pas avec des personnes, mais avec des sensations. Ma rencontre avec le judo a été de cet ordre-là — quelque chose de viscéral, d’immédiat, comme si mon corps reconnaissait enfin un langage qu’il avait toujours parlé en silence.

Quand ÀBLOCK! m’a demandé de revenir sur ce moment, j’ai cherché les mots justes. Et ceux qui sont venus étaient ceux-ci : « Le sport m’a enveloppée, comme si grâce à lui ma vraie vie commençait. » Ce n’est pas une formule. C’est exactement ce que j’ai ressenti.

Avant le tatami, une enfant en quête de structure

Grandir entre deux cultures, c’est apprendre très tôt à naviguer entre des mondes qui ne se parlent pas toujours. La France et le Maroc. La langue de la maison et celle de l’école. Les attentes des uns, les espoirs des autres. Dans cette navigation permanente, le corps peut devenir un refuge — ou un champ de bataille.

Pour moi, le judo a été le premier espace où je n’avais pas besoin de traduire. Sur le tatami, tout passait par le geste, le souffle, le contact. Il n’y avait plus de dualité. Il n’y avait que moi, entière, dans l’effort et dans la présence.

C’est cette histoire que je raconte dans À bras le corps — non pas le récit linéaire d’une carrière sportive, mais l’exploration de ce que le sport fait à une vie quand il y entre au bon moment.

Ce que le haut niveau m’a appris sur la vulnérabilité

On imagine souvent l’athlète de haut niveau comme une forteresse. Six fois championne d’Afrique, deux Jeux Olympiques — Rio, puis Tokyo. Vue de l’extérieur, la trajectoire a l’air d’une ligne droite. Mais aucune trajectoire ne l’est.

Ce que le haut niveau m’a enseigné de plus précieux, ce n’est pas la force. C’est la capacité à être vulnérable dans des espaces qui ne le permettent pas. C’est apprendre à tomber — littéralement, en judo — et à se relever en sachant que la chute fait partie du geste.

Le sport ne m’a pas rendue plus forte. Il m’a appris que la force et la fragilité ne sont pas des opposés — elles cohabitent, comme les fissures et l’or dans le kintsugi.

Écrire ce livre, c’était poser sur le papier ce que mon corps savait depuis longtemps. Que les blessures ne sont pas des obstacles. Elles sont le terrain même de la transformation.

Le cocon et ce qui en émerge

Le mot « enveloppée » n’est pas anodin. Un cocon, c’est un espace de métamorphose. On n’y entre pas pour rester — on y entre pour devenir. Le sport a été ce cocon pour moi. Il m’a contenue le temps que je trouve ma forme.

Aujourd’hui, à travers Kintsugi People, je prolonge ce fil. Le judo m’a appris le contact. L’accompagnement m’a appris l’écoute. L’écriture m’a appris la mise en mots. Ce sont des gestes différents, mais ils viennent du même endroit : cette conviction que chaque être humain porte en lui les ressources de sa propre régénération.

Si vous êtes en train de chercher votre cocon — ou si vous en sortez, un peu froissé, un peu ébloui — sachez que c’est exactement là que la vraie vie commence.

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