L'Art de la Régénération - Séjour Régénération - Du 9 au 11 janvier 2026

Le Courrier de l’Atlas — Asma Niang reve toujours de Jeux Olympiques

Asma Niang rêve toujours de Jeux Olympiques — Le Courrier de l'Atlas

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Deux racines, un seul rêve

« Grâce au Maroc, je vis mon rêve. » Cette phrase, je l’ai prononcée face à la caméra du Courrier de l’Atlas, et elle contenait tout — la gratitude, la complexité, la beauté d’être née entre deux terres. La France et le Maroc. Deux pays. Deux histoires. Un seul tatami.

L’identité comme terrain de jeu

Quand on est franco-marocaine, on passe sa vie à répondre à une question muette : tu es de quel côté ? Les formulaires te demandent une nationalité. Les gens te demandent d’où tu viens « vraiment ». Le monde aime les cases simples — et toi, tu déborde de partout.

Pendant longtemps, j’ai vécu cette double identité comme un tiraillement. La France m’avait formée, nourrie, éduquée. Le Maroc m’appelait avec une force que je ne pouvais pas expliquer rationnellement — un appel du sang, des racines, d’une appartenance qui ne se négocie pas. En 2012, quand j’ai obtenu la nationalité marocaine, ce n’était pas un choix contre la France. C’était un choix pour moi-même — pour l’entièreté de qui je suis.

Le drapeau comme réconciliation

Porter le drapeau marocain aux compétitions internationales a été l’un des actes les plus puissants de ma vie. Non pas parce que j’abandonnais une identité pour une autre — mais parce que je cessais enfin de me couper en deux. Le Maroc m’a offert la possibilité de vivre mon rêve olympique. Et dans ce don, il y avait une reconnaissance que la France, malgré tout ce qu’elle m’avait donné, n’avait pas pu m’offrir à ce moment-là.

On ne choisit pas entre ses racines. On apprend à les laisser pousser ensemble — et l’arbre qui en naît est plus solide que celui qui n’en a qu’une.

La richesse d’être double

Aujourd’hui, je ne vis plus ma double identité comme une fracture. Je la vis comme un kintsugi — deux morceaux joints par de l’or, plus beaux ensemble que séparés. La France m’a donné la rigueur, la structure, une certaine exigence intellectuelle. Le Maroc m’a donné la chaleur, l’intuition, le sens de la communauté, et un tatami olympique.

À tous ceux qui se sentent « entre deux » — entre deux cultures, entre deux langues, entre deux appartenances : vous n’êtes pas incomplets. Vous êtes doubles. Et cette dualité, loin d’être une faiblesse, est votre richesse la plus précieuse.

Quand je dis « grâce au Maroc, je vis mon rêve », je dis aussi, en silence : grâce à la France, j’ai appris à rêver. Les deux sont vrais. Les deux coexistent. Et c’est beau ainsi.

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