Deux femmes, un drapeau, un tatami
Il y a des interviews qui ressemblent à des retrouvailles. Celle que Yabiladi a organisée entre Rizlen Zouak et moi en fait partie. Deux judokas marocaines, deux parcours différents, une même fierté — et cette chose rare qu’on appelle la sororité du tatami.
Le Maroc aux Jeux Olympiques, vu de l’intérieur
Représenter le Maroc en judo aux Jeux Olympiques, c’est porter un poids joyeux. Joyeux parce que le drapeau rouge et vert te donne des ailes que tu ne te connaissais pas. Mais un poids quand même — parce que tu sais que derrière toi, il y a un pays entier qui regarde, qui espère, qui vibre à chaque ippon.
Rizlen et moi avons partagé ce poids. Nous étions peu nombreuses à représenter le judo marocain féminin au plus haut niveau. Et dans cette rareté, un lien s’est tissé — pas celui de la compétition, mais celui de la compréhension. Parce que personne d’autre ne pouvait vraiment savoir ce que ça faisait de monter sur ce tatami avec ce drapeau sur le dos.
La sororité comme armure
Dans le sport de haut niveau, on vous apprend à être seule. À vous concentrer sur votre performance, votre adversaire, votre plan de combat. Mais ce que personne ne dit, c’est combien la solitude pèse — surtout quand tu es une femme, surtout quand tu représentes un pays où le judo féminin n’a pas encore la visibilité qu’il mérite.
Rizlen a été cette présence. Pas une rivale — une alliée. Quelqu’un qui comprenait sans que j’aie besoin d’expliquer. Quelqu’un à qui je pouvais dire « c’est dur » sans que cela soit perçu comme une faiblesse. Dans un monde qui valorise la compétition individuelle, cette sororité était notre force secrète.
On ne porte pas un drapeau seule. Même quand tu es la seule sur le tatami, il y a celles qui sont passées avant toi et celles qui regardent pour venir après.
Ouvrir la voie, ensemble
Ce que cette interview croisée a révélé, c’est que nos parcours — différents dans les détails — se rejoignaient dans l’essentiel : deux femmes qui ont refusé que le judo marocain féminin reste invisible. Chacune à sa manière, chacune avec ses combats propres, mais toujours avec cette conscience que nous ouvrions un chemin.
Aujourd’hui, quand je rencontre de jeunes judokas marocaines qui rêvent des Jeux, je vois dans leurs yeux la même flamme. Et je sais que ce que Rizlen et moi avons semé commence à germer. Pas parce que nous étions extraordinaires — mais parce que nous avons osé, et que l’audace, quand elle est partagée, devient contagieuse.
À Rizlen, et à toutes les femmes qui portent un drapeau sur un tatami : merci. On ne mesure jamais assez la puissance de ne pas être seule.

