Sport4Land Champion : quand le sport rencontre la terre
Le 7 décembre 2024, à la Conférence des Nations Unies sur les terres, un titre m’a été donné que je n’avais jamais imaginé recevoir. Pas un titre de championne d’Afrique. Pas une sélection olympique. Un titre d’un autre ordre : Sport4Land Champion. La toute première promotion. Et j’en fais partie.
Six fois championne d’Afrique de judo, deux Jeux Olympiques, des milliers d’heures sur les tatamis — et pourtant, c’est peut-être cette nomination qui donne le plus de sens à tout le reste.
Un honneur qui pèse autant qu’il élève
Être choisie, c’est beau. Mais ce qui m’a traversée en premier, ce n’est pas la joie. C’est le poids. Le poids de représenter quelque chose de plus vaste que soi. Le poids de savoir que des communautés entières — au Maroc, en Afrique, partout — attendent des actes, pas des discours.
J’ai appris sur le tatami que porter un dossard, c’est porter un pays. Porter le titre de Sport4Land Champion, c’est porter une cause : celle de la terre qui se fissure, des sols qui s’épuisent, des écosystèmes qui appellent à l’aide. Et comme en judo, on ne porte pas pour soi. On porte pour transmettre.
Le sport comme langage universel
Ce que l’initiative Sport4Land a compris, c’est que le sport parle là où les rapports techniques échouent. Un athlète qui se relève après une défaite, c’est une métaphore vivante de la résilience. Une équipe qui s’entraîne dans la poussière, c’est un rappel que la terre est notre premier terrain de jeu.
L’annonce officielle mentionne mon travail avec la Fondation Yzza Slaoui pour l’autonomisation des filles rurales au Maroc. C’est ce lien qui me tient debout : le sport n’est pas une fin en soi, c’est un levier. Un levier pour l’éducation, pour l’égalité, pour la dignité.
On m’a appris à combattre sur un tatami. La vie m’a appris que le vrai combat se mène à genoux dans la terre, les mains ouvertes, prête à semer.
La responsabilité comme moteur
Je ne prends pas ce titre à la légère. Chaque fois que je parle de désertification, je pense à ces villages marocains où les filles marchent des kilomètres pour aller à l’école sur des chemins de terre craquelée. Je pense à ces athlètes africains qui s’entraînent sur des sols que personne n’entretient. Je pense à ce paradoxe : nous célébrons les champions mais nous négligeons le terrain qui les a forgés.
Être Sport4Land Champion, c’est accepter de devenir un pont. Entre le monde du sport et celui de l’environnement. Entre la performance et la préservation. Entre l’or des médailles et l’or du kintsugi — celui qui répare ce qui a été brisé.
Ce n’est que le début. Et je suis prête.

