Qui es-tu quand tu enlèves la médaille ?
C’est une question simple. Et pourtant, elle m’a fallu des années pour oser me la poser. Quand Nightline m’a invitée sur leur podcast Tête la première, aux côtés de Sébastien Kfoury, c’est cette question qui a traversé toute notre conversation : que reste-t-il de nous quand on retire les étiquettes ?
La médaille comme miroir déformant
Pendant des années, j’ai été « Asma la judoka ». Six fois championne d’Afrique. Olympienne à Rio, puis à Tokyo. Chaque titre ajoutait une couche à l’armure — et je croyais sincèrement que cette armure, c’était moi.
Le problème avec l’identification à nos réussites, c’est qu’elle fonctionne magnifiquement bien… tant que les réussites continuent. Le jour où le tatami se retire sous vos pieds — blessure, retraite, transition — vous découvrez que vous avez construit votre identité sur un sol mouvant.
Ce que Nightline fait pour les étudiants, je le vis avec les athlètes : cette détresse silencieuse de ceux qui performent en public et s’effondrent en privé. Le diplôme, comme la médaille, peut devenir un masque. Et derrière le masque, il y a quelqu’un qui n’a jamais appris à exister sans lui.
Désapprendre pour se retrouver
La conversation avec Sébastien m’a ramenée à un moment précis de mon parcours : celui où j’ai dû apprendre à me présenter sans dire « je suis judoka ». Essayez. Retirez votre titre professionnel, votre diplôme, votre rôle familial. Présentez-vous. Qui êtes-vous ?
Ne pas s’identifier à sa médaille ou son diplôme, ce n’est pas les rejeter. C’est comprendre qu’ils font partie de notre histoire — sans en être le résumé.
Ce désapprentissage est l’un des gestes les plus courageux que je connaisse. Il demande de lâcher ce qui nous a portés pour découvrir ce qui nous porte véritablement. Sous la médaille, il y a la personne. Sous le diplôme, il y a l’être. Et cet être-là n’a besoin d’aucune validation pour exister.
Un message pour ceux qui cherchent
Ce podcast s’adresse aux étudiants, et c’est précisément le bon moment. Avant que les identités ne se figent. Avant que le CV ne devienne un substitut à la connaissance de soi.
À ceux qui m’écoutent et qui se reconnaissent — athlètes, étudiants, ou simplement des êtres humains en quête de sens — je veux dire ceci : vos fissures ne diminuent pas votre valeur. Elles sont les lignes d’or de votre histoire. Le kintsugi nous enseigne que c’est précisément à l’endroit de la cassure que la beauté se révèle.
Vous n’êtes pas votre médaille. Vous n’êtes pas votre diplôme. Vous êtes infiniment plus que cela.

